Création d'une bande son en école primaire



Idée de base et évolution
    
      Afin d’élaborer ce projet, nous souhaitions amener des enjeux musicaux différents à un public non musicien. 
A l'annonce de l’action EAMC, nous nous sommes orientées vers une structure type Institut Médico-Éducatif car nous souhaitions proposer notre projet à un public différent de celui avec qui on travaille habituellement. 
A la sortie du confinement, il était important pour nous de relier des liens musicaux avec un public, mais le projet fit chou blanc, faute de retours.
Les recherches furent compliquées et laborieuses car nous recevions peu de réponses ou alors elles étaient très incertaines. 
Le choix fut donc porté sur un public qui serait sûrement ouvert et susceptible de nous accueillir à la rentrée, à savoir les écoles primaires. 
Après plus de 200 mails, certaines réponses très enthousiastes nous ont réjouies ! 
Quelques messages échangés et nous voilà parties pour un premier rendez-vous avec le directeur de l’école GERSON, Benoit Armand.


Genèse, rencontre, et débuts

     Le 28 août 2020, nous découvrons cette petite école située dans le Vieux-Lyon.
Elle est charmante, étonnante et accueillante. Nous nous y sentons bien et le directeur semble emballé par notre projet. Youpi !

Nous échangeons avec Christophe Lyevre, l’enseignant de CM1/CM2, qui nous accueille dans sa classe. Nous lui proposons notre projet et il apporte quelques modifications dessus concernant les groupes. Nous allons intervenir le lundi de 14h à 16h45 pendant 4 séances (du 21/09 au 14/10) auprès des enfants.
Le projet se dessine et l’impatience de le présenter aux enfants s’impose ! 

Nous souhaitons mettre en place des ateliers d’écriture et de bruitages sur deux vidéos, qui seront choisies lors de la première séance du 21 septembre par les deux groupes. Le but sera qu’ils créent leur propre bande son, en paroles après avoir écrit un texte, et en son, à partir de bruitages.

Le jour J est arrivé, un premier contact avec les élèves, quelques questions fusent et les vidéos sont choisies avec enthousiasme !
Les heureuses élues sont El Terror et L’oiseau.
La classe se répartie en deux groupes, un pour chacune des vidéos. Les groupes se font assez rapidement, les enfants se prêtent véritablement au jeu.
Que le travail commence !

      Mais avant cela, faisons ici une petite incartade. Quel est le but artistique et pédagogique d’un tel dispositif ? 
Mettre en valeur les idées et la créativité des enfants semble effectivement un objectif majeur. Nous faisons avant tout ce projet pour qu’ils s’épanouissent dans une activité qui rassemble des savoirs (grammaire, apprentissage de l’enregistrement via du matériel informatique et sonore, langues étrangères…) et qui les incite à les manipuler selon leurs propres volontés.
Les enfants ont des choses à dire, alors laissons-les voir où ils nous mènent, tout en maintenant un cadre de travail.
Bien évidemment, privilégier l’autonomie des enfants, et les inciter par ce moyen à s’approprier un projet. Mais aussi, et c’est un point à ne pas négliger, à créer, recréer ou mettre l’accent sur les interactions entre les membres du groupe. Leur apprendre à s’écouter les uns les autres, chacun en faisant des concessions et parallèlement en trouvant des solutions pour trancher sur une question délicate. (solutions qui seront plus ou moins soufflées par le professeur ou l’encadrant)

C’est parti !



Descriptif des séances de l’atelier
 
  • Susciter la curiosité des enfants  
     Après le choix des vidéos, une première ébauche est lancée en grand groupe. Nous re-visionnons tous ensemble les deux vidéos choisies, et nous donnons comme consigne aux enfants de noter toutes les idées qu’ils ont quant au texte et/ou au bruitage. A notre grande surprise et étonnement les enfants ont pleins d’idées et d’images qu’ils notent sur leur cahier. 
Certaines références à la musique sont exposées comme Beethoven pour un moment de suspense… Nous laissons les enfants prendre la parole à tour de rôle et exposer leurs idées.
Nous repartons de cette première séance avec beaucoup d’ambition pour ce projet ! Une fois ce beau moment de partage enthousiaste terminé, nous demandons aux élèves en fin de séance de réfléchir à la maison à des idées plus précises et de ramener éventuellement des objets de leur maison, qui serait susceptible de faire un bruit intéressant pour l’enregistrement.
Pendant les semaines qui séparent les ateliers nous réfléchissons à comment soutenir au mieux les enfants dans leurs idées. Même si celles-ci sont parfois modifiées et orientées par l’enseignant…

 
  • Les idées fusent ! 
     A partir de là, les deux groupes passent chacun leur tour une heure dans l’atelier de bruitage, et une heure dans l’atelier d’écriture. 
Lors de cette séance, les idées se concrétisent. Les enfants cherchent, explorent, découvrent et réfléchissent en autonomie sur les sons qu’ils souhaitent inclure et modifier dans leurs vidéos. 
Ils tâtonnent à l’aide d’objets qu’ils utilisent au quotidien tels que des stylos, des cahiers, des trousses… Nous faisons des allers-retours entre la vidéo et les idées qui évoluent. En tant qu’encadrants, nous servons de ressources, mais les enfants sont libres de leurs choix. C’est LEUR travail. 
La partie écriture se déroule sans peine également, les enfants sont très enjoués.
Pour chaque groupe, sont élus trois secrétaires, qui notent une première ébauche de texte tout en donnant également des idées.
Les secrétaires sont très appliqués dans leur rôle !

Nous commençons avec le groupe de la vidéo El Terror, et les idées fusent : 
Pour le titre, on peut le dire avec une voix grave !
Pourquoi pas trouver des noms d’attaques quand il y a la bagarre !
On peut d’abord présenter les personnages… ?

Nous notons au fur et à mesure les phrases trouvées grâce aux échanges lors de discussions entre les élèves. Les idées de chacun sont respectées, et les enfants savent montrer leur désaccord sans être véhéments. Belle écoute ! Nous sortons de cette première partie de séance avec une très bonne base.

Dans la deuxième moitié de l’après-midi, les enfants sont assez fatigués. Nous sommes après la récréation, et les enfants ont du mal à rester dynamiques. Malgré tout, ils se prêtent au jeu, et en regardant plusieurs fois la vidéo, chacun propose des idées de texte qui amène à des votes (tranchés parfois par un inévitable “pierre-feuille-ciseaux”). En bref, malgré la fatigue, la bonne humeur est présente même si les idées prennent du temps à émerger. Cette fois-ci, la séance a besoin d’être un peu plus dynamisée, donc le rôle d’encadrant joué servira également de ressort.
A la fin de la séance, tous les sons à reproduire la semaine prochaine sont notés et une marge de manœuvre est encouragée pour laisser l’imaginaire prendre le dessus.
 
                                                                               La recherche d'idées

 
  • “ Je savais pas qu’une feuille de papier pouvait faire autant de bruits ”
     Cette deuxième séance est un jour crucial ! La majeure partie des prises de sons doivent être faites. Les enfants préparent leurs objets, répètent leurs mouvements. Grâce à la liste, pendant la semaine, les enfants se sont au préalable répartis les sons à enregistrer. Certaines prises seront faites individuellement ou à plusieurs. 

      Parallèlement, pour l’écriture, nous nous retrouvons avec un travail quasiment fini pour chacun des deux groupes. En effet, les enfants peuvent travailler en parallèle sur le texte avec leur maître pendant la semaine. Chaque élève a son petit papier avec le texte dans sa globalité. La majeure partie de leurs idées est retranscrite à merveille, avec quelques nouvelles idées, soumises par le professeur. Pour chaque texte, deux langues sont utilisées : Pour El Terror, français/espagnol, et pour L’oiseau, français/anglais.

L’heure est venue de la répartition ! Qui va dire la première phrase ? La deuxième ? etc.
L’ordre de passage est soigneusement réfléchi par les élèves. C’est à eux de trouver des solutions pour se répartir équitablement les rôles et les répliques. Beaucoup ont déjà réfléchi à la réplique qui leur fait le plus envie, et si plusieurs enfants veulent faire la même réplique, nous voilà partis dans des tournois de “pierre-feuille-ciseaux”, décidément très efficaces pour trancher la question.
     Après s’être mis d’accord sur les répartitions, nous nous entraînons à réciter les phrases de chacun en même temps que la vidéo est lancée. Et avec une grande minutie et précision ! Les élèves sentent qu’ils doivent redoubler de concentration pendant ce temps. Pédagogiquement, voici quelque chose d’intéressant et de révélateur : lorsque les enfants se sentent directement concernés par ce qu’il se passe, la discipline est induite d’elle-même. La sensation d’ordre et de sérieux vient d’elle-même, car sans cela, le résultat final du travail ne sera pas très révélateur du travail fourni. 

    Pour les enregistrements, une fois effectués, ils viennent s’écouter, et réessayer si ils ne sont pas satisfaits. Ils sont très pointilleux et ont une idée très précise de ce qu’ils veulent.
Que ce soit pour l’écriture de la bande son textuelle, ou pour les bruitages, le travail est motivant, et chacun a son mot à dire. L’autonomie est principalement de mise, et on se rend facilement compte que les enfants ont beaucoup de choses à dire, et ont des idées que nous, adultes, n’aurions peut-être même pas eu…
 

               Séance d'écriture 



                                    Séance d'enregistrement 


 
  • De vrais acteurs ! 
      Lors de la dernière séance, les enfants sont de plus en plus excités à l’idée de voir leurs vidéos se finaliser. C’est le jour des enregistrements du texte.
Certains échauffent leurs voix, d’autres se concentrent sur leurs paroles… Ça y est ce sont des acteurs ! 
Ils essayent plusieurs prises avec différentes intonations, propositions avec une pointe de pudeur. Quel étonnement de voir une certaine gêne quand ils écoutent leurs voix ! Nous les encourageons et les rassurons… Ils prennent confiance en ce qu’ils font et le résultat est très bon ! 

Dernière séance, c’est donc aussi l’heure d’un petit bilan global sous forme de discussion. Nous leur proposons de répondre à quelques questions, à l’écrit dans un premier temps:
- Qu’est-ce que j’ai aimé dans ce projet ?
- Qu’est-ce que je n’ai pas aimé ? Pourquoi ?
- Qu’est-ce que je pense du travail en grand groupe ?
- Qu’est-ce que j’ai appris pendant ce projet ?

Une fois leurs réponses écrites, nous nous mettons en cercle, assis par terre, et la discussion démarre. 

      Les enfants sont globalement très contents. Ils étaient très enjoués à l’idée de créer leur propre bande-son. Ils ont quasiment tout aimé dans ce projet, sauf lorsque les prises de décisions avaient du mal à se faire, que les idées tournaient en rond. Mais ils n’ont jamais travaillé comme ça, en grand groupe, et cela leur a appris à connaître les autres et à s’écouter. Ils ont simplement regretté de ne pas avoir pu sélectionner les idées de chacun, mais, disent-ils : ”Il fallait trancher ! ”  Petite note cependant : “C’était toujours les mêmes qui prenaient les décisions.
En revanche, ils ont souligné quasiment en premier qu’ils n’avaient pas aimé que le maître interfère dans leurs décisions et qu’il “s’approprie” leur travail et “qu’il change tout”.

Ils ont largement pris conscience des difficultés du travail en collectif, mais ils se sont rendus compte qu’ils avaient parfaitement su gérer les problèmes qui en surgissent.
La séance de visionnage de leur travail arrive à retardement, à cause du confinement lié à la pandémie de Covid-19.


         On écrit le texte de la vidéo 




        Enregistrement des bruitages 




Anecdotes des enfants
  • “ Je me sens comme un acteur d’Hollywood “
  • “ Le son c’est un peu comme la pâte à modeler ”
  • “ On dirait que le micro il entend toutes les bêtises ”
  • “ Je savais pas qu’une feuille de papier pouvait faire autant de bruits ”
  • “ Pour faire une bande son il faut de la patience ! ”
  • “ Je ne savais pas qu’on pouvait faire autant de choses avec les objets qu’on a…”












Expectations versus Reality

    EXPECTATIONS

    Au départ, nous ne savions pas du tout ce à quoi nous devions nous attendre. D’une part au niveau de l’enregistrement. Nous avions peur qu’ils n’arrivent pas à trouver leurs propres idées, et que ce soit nous qui soyons obligées de leur souffler des idées. Les enfants vont-ils jouer le jeu ? Vont-ils aimer l’idée du projet ? Allons-nous devoir donner beaucoup d’éléments pour qu’ils puissent se représenter les choses ? Vont-ils être motivés ? 

D’autre part, une des peurs présentes était celle du rapport avec la classe. Comme il s’agit d’un grand groupe, va-t'il y avoir des discordances ? Des problèmes de choix ? Des stagnations dans le projet à cause de blocages humains au niveau du groupe? Gérer un grand groupe peut très vite se rapprocher du métier d’animateur. Comment gérer cela en restant dans un rôle d’enseignant ? 
Une autre crainte et incertitude: la place de l’enseignant au sein du projet. Comment gérer cette place ? L’enseignant va-t’il nous laisser les enfants sous notre seule responsabilité ? Va-t’il prendre le relai à certains moments ? Ou sous la forme d’une présence constante ? 

Nous voulions une école qui répondait à nos attentes, en termes de motivation par rapport au projet, et à l’ambiance du dispositif. L’école de Jean Gerson s’y prête merveilleusement bien, mais le dispositif va-t’il être représentatif de cela ?



    REALITY

    Les enfants ont été très enthousiastes dès le début. Nous qui avions peur qu’ils manquent d’idées, ils ont pris les devants avant même que nous leur demandions si ils avaient des premières ébauches de réflexions à la vue des vidéos. Quel engouement !
Comme nous l’avons dit plus haut, nous n’avons pas eu besoin de souffler des idées particulières, et c’est un soulagement. 
Parlons du groupe en lui-même, même si l’énergie était présente, et que l’entente globale était bonne, quelques petits accrochages entre eux ont eu lieu, surtout concernant la prise de décision pour les répliques du textes : frustration de certains membres dont les idées n’ont pas été retenues par exemple. 
L’enseignant maintenant. Il s’est montré présent et accompagnant dans le projet. Il était nécessaire effectivement qu’il vienne observer les séances car il travaillait certaines choses avec ses élèves durant la semaine. Les élèves, pendant que nous étions là, n’ont pas été impactés par cela. Ils ont fait part de leurs idées avec confort. 
Le professeur s’entretenait brièvement avec nous au début et à la fin de chaque séance pour faire un petit état des lieux.

   Ainsi, globalement, la majorité de nos appréhensions n’étaient pas fondées, et étaient certainement dues au fait qu’il s’agissait d’une nouvelle expérience pour nous. Les élèves ont sû s’encadrer eux-mêmes de bien des façons, même si nous délimitions un périmètre d’activités et de réflexions. La balance entre enseignant/animateur a été au final assez facile à cerner. 



Conclusion avec les enfants, enseignant et directeur
  
     Ce fut une joie de pouvoir enfin montrer les vidéos finales aux enfants, quatre mois plus tard. Malgré le deuxième confinement dû à la pandémie Covid-19, les élèves n’avaient rien oublié des quatre séances d’ateliers que nous avions eu avec eux. L’enseignant était également très enthousiaste à l’idée de voir le rendu. Chaque enfant a reconnu son travail, le bruit qui lui correspondait et les répliques également. Les vidéos ont été en quelque sorte “bissées”, et nous les avons ainsi visionnées une seconde fois. Ils étaient très fiers de leur travail. 
Évidemment, cet atelier leur a permis de mieux comprendre les problématiques du travail en collectif, et aussi de s’épanouir en travaillant sur un produit final qui serait “rien qu’à eux”. Ils ont vivement plébiscité leur professeur pour qu’il s’empresse de poster les deux vidéos sur le blog de l’école. 

     Nous avons eu par la suite un dernier entretien avec l’enseignant, ainsi qu’un bref instant avec le directeur de la structure. Christophe Lyevre nous a remercié chaleureusement pour notre travail, et nous en avons fait de même. Le directeur nous a remercié également, et s’est montré très intéressé par le fait d’accueillir des étudiants du CEFEDEM ou d’autres structures afin de mener des projets qui ouvrent les enfants à d’autres façons de travailler, de créer, de rechercher. 

Nous remercions vivement la classe de CM1/CM2 de Christophe Lyevre pour leur accueil, leur bonne humeur et leurs très belles idées !


El Terror : https://drive.google.com/file/d/15ObJPdmQ5yirfaNJlv7Zx10es0NAhqu1/view
L'oiseau : https://drive.google.com/file/d/1VGc737FfYv8xDBskZ6UGVd67MwCwjXX1/view

 

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